Infertilité & métrites chez nos ruminants, tout sauf simple à maîtriser en élevage…

En race viandeuse comme en race laitière, la problématique est telle que l’ARSIA a élu ce thème parmi bien d’autres pour l’édition 2023 de ses assises vétérinaires.

Confrontés à ce problème sur le terrain, près de 100 vétérinaires y assistaient le 21 septembre dernier. Le Dr Benjamin Boudry a introduit le sujet en dressant son contexte, sur base des élevages qu’il suit au quotidien, au sein de l’équipe Vet-Service, structure vétérinaire qui assure entre autres le suivi de reproduction. Les principales « clientes » de ce praticien hautement expérimenté sont les Holstein et BBB, suivies dès le vêlage.

L’endométrite est une inflammation de l’endomètre, la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus.

  • L’endométrite clinique se détecte au-delà des trois premières semaines du post-partum. Elle se caractérise par l’absence de symptômes généraux et la présence de symptômes locaux ( flocons purulents ).
  • L’endométrite subclinique est un état inflammatoire de l’endomètre en l’absence de sécrétions anormales dans le vagin.

Le pyomètre est une accumulation de pus dans la cavité utérine.

Côté laitières

Chez les vaches laitières, sont décrites les métrites aigues lors de la première semaine de vêlage ( souvent liée à la gémellité ou la rétention placentaire ), les endométrites cliniques avec décharge vaginale purulente, et beaucoup plus rarement le pyomètre lié à la persistance du corps jaune…
Ces pathologies infectieuses sont le plus souvent associées à des germes pathogènes tels que Trueperella pyogenes et E.coli, lesquels impactent la fertilité en mobilisant de nombreuses cellules inflammatoires au site de l’infection et en agressant l’endomètre. En association ou non avec ces bactéries, le virus BoHV4 crée lui aussi des lésions in situ préjudiciables à la gestation.

Mais ce qu’on observe depuis une vingtaine d’années chez le plus grand pourcentage d’animaux, ce sont les endométrites subcliniques, soit l’inflammation de la partie superficielle de l’endomètre sans signes cliniques, dont seraient responsables des troubles métaboliques ou immunitaires avant et après le vêlage. Selon une étude belge récente ( Bogado Pascottini, 2017 ), ces formes d’endométrite semblent augmenter avec le nombre de vêlages et la saison – plus fréquentes en été -, mais leur intensité disparait finalement avec le temps. Elles impactent significativement la fertilité tant au niveau de l’utérus qu’au niveau du fonctionnement hormonal des ovaires, lequel est également altéré par la présence de cellules inflammatoires. Constat désolant pour les éleveurs concernés : le taux de réussite à l’insémination peut ainsi passer d’une vache pleine sur deux … à une sur trois !

Obstacle majeur pour le clinicien, ces endométrites subcliniques sont difficiles à diagnostiquer car il n’y a pas de test réalisable « sur place ». Seuls des prélèvements appropriés destinés à dénombrer les cellules inflammatoires, mais peu pratiques à grande échelle, le permettent. Plus difficile encore est le traitement… il n’y a pas grand-chose d’efficace à ce jour. On est plutôt sur un diagnostic de troupeau et une nécessaire évaluation des risques autour du vêlage et de la réaction inflammatoire.

Côté viandeuses

En race BBB, loin d’être épargnée par les métrites et soucis de fertilité/fécondité, B. Boudry est surtout confronté en ferme aux pyomètres, diagnostiqués 60 jours après le vêlage après plusieurs examens, et parfois lors d’un diagnostic de gestation. Dans les troupeaux mixtes ( laitier et viandeux ) suivis, l’orateur souligne que ce sont quasi exclusivement les BBB qui sont affectées par cette problématique et l’infertilité conséquente. Le praticien expose le cas d’un élevage : âge au premier vêlage à 27 mois, retour rapide en chaleurs après 48 jours en moyenne, insémination par l’éleveur à 80 jours … soit une régie de troupeau exemplaire. Et pourtant, l’intervalle vêlage – insémination fécondante atteint jusqu’à 5 mois ! Les jours en post-partum s’additionnent au point qu’ils mènent in fine à la réforme, l’éleveur perdant patience à raison… jusqu’à 40 voire 50 % des vaches réformées ! Mais la réforme a ses limites, face à la nécessité de renouveler le troupeau.

« L’infertilité bovine relève pour une part importante d’agents infectieux entrainant métrites, endométrites, aiguë ou chroniques.
Mais pas seulement… Son origine est souvent multifactorielle, relevant notamment de phénomènes inflammatoires, immunitaires, métaboliques, hormonaux.

Un projet GPS « endométrites », sur la piste infectieuse

Comment expliquer ces infections ? Parmi les hypothèses, l’une d’entre elles repose sur les résultats très intéressants d’un suivi GPS « endométrite BBB », mené l’hiver 2022-2023 à l’ARSIA. Il s ’agissait pour les vétérinaires participant à l’étude de prélever 2 vaches par ferme, un « cas » ( vache porteuse d’endométrite et échantillon d’écoulement utérin purulent ) et un témoin. Des analyses standardisées étaient ensuite réalisées : cultures, PCR et analyses recourant à la métagénomique, laquelle étudie les génomes combinés d’une communauté de micro-organismes, soit le « métagénome ».

Selon les conclusions des analyses métagénomiques, on observe un profil de population bactérienne différent chez les vaches saines et les vaches « cas ». Ces dernières présentent une « dysbiose » utérine, soit un déséquilibre de la flore, avec augmentation nette de la présence de Trueperella pyogenes et Fusobacterium necrophorum, par rapport aux autres bactéries.

D’autres germes ont été identifiés et liés aux cas d’endométrite : Helcococcus ovis, Bacteroides pyogenes, Streptococcus sp. et en particulier Ureaplasma diversum, coupable potentiel qui selon la littérature peut conduire en co-infection avec d’autres agents pathogènes à des endométrites, vulvovaginites, de l’infertilité, des avortements et de la mortalité embryonnaire précoce.

Les analyses PCR réalisées ont quant à elles montré une plus forte présence de virus BoHV4 chez les vaches « cas » que chez les vaches saines.

Pour conclure…

En laitier comme en viandeux, si nombre de situations donnent du fil à retordre et du travail aux éleveurs, les vétérinaires quant à eux décideront et appliqueront le traitement le plus approprié, en recourant au besoin au laboratoire. Mais pour soutenir leur diagnostic et leur arsenal thérapeutique, il y a lieu de poursuivre et multiplier les investigations de manière multidirectionnelle, en appréhendant la problématique des endométrites bovines dans sa globalité et espérant à terme la résoudre, dans l’intérêt des éleveurs et du bien-être de leurs vaches.

Il existe par ailleurs des causes infectieuses bien établies et heureusement détectées et suivies tant au laboratoire de l’ARSIA qu’à son département Epidémiologie et Encadrement sanitaire. Cet édifiant état des lieux sur la fertilité bovine dans nos fermes fut donc suivi d’un ensemble d’exposés liés aux germes, connus et moins connus, responsables de maladies impactant la fertilité de nos ruminants, petits et grands … Fièvre Q, chlamydioses, BoHV-4, Trueperella pyogenes,… Nous reviendrons sur ces entités infectieuses au cours de nos prochaines éditions. Dossier à suivre… !

Please follow and like us:
fb-share-icon